Avant d’entraîner des gardiens, Victor Hugo rêvait lui-même de faire carrière dans les cages. Une vocation née presque par hasard au Brésil. À dix ans, celui qui évoluait encore comme attaquant est envoyé dans les buts par son professeur d’EPS lors d’un tournoi scolaire. "Il m’a dit : "T’es grand, tu vas à la cage." J’ai été le meilleur gardien du tournoi et depuis ce jour, je n’ai plus jamais voulu en sortir."
À seulement 13 ans, il quitte ses parents pour poursuivre son rêve. Il évolue dans plusieurs clubs brésiliens, notamment Vasco de Gama, avant qu’une blessure ne vienne freiner sa progression à l'âge de 17 ans. Une opportunité d’échange culturel l’amène ensuite en France, où il retrouve rapidement le football. L’adaptation est pourtant loin d’être évidente. "Au Brésil, dans ma ville, comme j’étais joueur de foot, tout le monde me connaissait. En France, je me suis senti seul. Je ne parlais pas la langue."
À Montchat, son rêve de joueur s’arrête et une nouvelle carrière commence
Après un passage par la région stéphanoise, Victor Hugo rejoint Lyon et poursuit son parcours de gardien. Le 13 octobre 2019, lors d’un 5e tour de Coupe de France entre l’AS Montchat et le FC Annecy, un traumatisme crânien va profondément changer la trajectoire de sa carrière.
À son retour sur les terrains, il ne parvient pas à retrouver son niveau. "J’ai passé un an perdu dans ma vie, dans ma tête, sans savoir ce que je voulais faire. Parce que ça avait toujours été le foot."
C’est finalement à l’AS Montchat que va naître sa deuxième carrière. Un entraîneur des gardiens du club lui propose de travailler à ses côtés. Alors étudiant en STAPS, Victor Hugo découvre progressivement une nouvelle passion. "J’ai compris directement que c’était encore plus passionnant qu’être joueur, d’entraîner et de transmettre des valeurs à des gardiens. Aujourd’hui, je sens que je suis beaucoup plus heureux avec ça."
D’abord bénévole, il obtient ensuite son premier contrat d’entraîneur des gardiens au FC Vaulx-en-Velin grâce à Saïd Miamak. Une première reconnaissance, même si certains autour de lui doutent encore de ses chances d’atteindre un jour le monde professionnel. "Les gens se moquaient de moi. "Tu es entraîneur des gardiens à Vaulx, sixième division, c’est amateur." Même des proches m’ont dit que ça allait être compliqué. Moi, j’y ai cru et j’ai travaillé."
Le grand saut vers le Burkina Faso
Son investissement à Vaulx-en-Velin finit par lui ouvrir une nouvelle porte. Contacté par un agent à la recherche d’un entraîneur des gardiens francophone, Victor Hugo reçoit une proposition du Rahimo FC, au Burkina Faso. Après quelques hésitations, il accepte. "Je me suis dit que c’était le bon moment pour sortir du monde amateur et aller dans le monde professionnel. En plus, c’était une bonne opportunité pour ma carrière."
Le changement est considérable. Trois entraînements hebdomadaires à Vaulx deviennent cinq ou six séances par semaine au Burkina Faso. Victor Hugo travaille désormais avec des joueurs dont le football est le métier et avec des gardiens sélectionnés dans les équipes nationales de jeunes.
Il y découvre aussi une autre manière de travailler. S’il souligne les qualités techniques et athlétiques de ses gardiens, il cherche surtout à développer leur compréhension des situations de match. "Je veux qu’ils commencent à se poser des questions et même à avoir leur propre avis. Il faut comprendre pourquoi on fait quelque chose."
Ses séances sont donc largement orientées vers le situationnel, la vidéo et la prise de décision. Une approche qu’il complète avec KeeperLab, une application autour de la data, qu’il a lui-même développée afin de centraliser les données liées aux entraînements, aux matchs et au suivi des gardiens.
Un rêve partagé avec sa mère
Cette aventure lui permet surtout de découvrir un niveau qu’il n’imaginait pas atteindre aussi rapidement. Avec Rahimo, Victor Hugo participe à la Ligue des champions africaine.
Lors d’un déplacement au Maroc, sa mère fait le voyage depuis le Brésil pour assister à la rencontre. Un moment forcément particulier pour celui qui avait quitté sa famille à seulement 13 ans. "Après le match, elle est descendue sur le terrain. Elle était émue parce que c’était un rêve qu’on avait réalisé ensemble. Quand j’ai vu ça, je me suis dit que j’étais sur le bon chemin."
Ne jamais abandonner ses rêves
À 26 ans, Victor Hugo ne cache pas son envie de poursuivre sa progression. L’Europe et le très haut niveau restent dans un coin de sa tête, mais il veut d’abord réussir sa mission au Burkina Faso et accompagner ses gardiens vers le plus haut niveau. Il n’oublie surtout pas d’où il vient. "Il y a trois ans, j’étais bénévole à Montchat. Deux ans plus tard, j’ai un contrat professionnel, j’ai connu la Ligue des champions africaine et j’ai déjà gagné un titre."
Une progression autour d’une leçon de vie, qui nourrit aujourd’hui sa principale conviction. "Ce n’est pas où tu es qui te donne de la valeur. Tu peux être n’importe où, c’est toi qui donnes de la valeur à ce que tu fais. Si tu travailles vraiment, le travail finit toujours par payer."