Après de multiples reports, le procès de ces deux frères s'est déroulé ce mardi à Lyon dans l’affaire de l’agression dans la fan-zone de la finale de la coupe de France entre l’OL et le PSG.
Les faits remontent au 25 mai 2024. Dans la fan-zone installée au Groupama Stadium, deux jeunes femmes venues assister à la retransmission du match sont prises à partie. La scène est captée par les caméras d’OL Play : au moment de l’explosion de joie consécutive au but lyonnais inscrit par Jake O’Brien, un homme porte un coup de coude à une supportrice se tenant à proximité. Sur les images, un second individu semble mimer le retrait du voile de la victime. Des saluts nazis sont également évoqués.
La vidéo, largement relayée sur les réseaux sociaux, est ensuite fournie en haute qualité par l’Olympique lyonnais aux enquêteurs.
L’audience de ce mardi 20 janvier, qualifiée de dossier particulier en salle de presse, est scindée en trois parties distinctes, en raison de la coexistence de faits de violences physiques et de gestes à connotation raciste.
Deux prévenus comparaissent : Thibault D., 25 ans, couvreur-zingueur intérimaire, poursuivi des violences suivies d’une incapacité n’excédant pas huit jours commises en raison de la race, de l’ethnie, de la nation ou de la religion lors d’une manifestation sportive, en état de récidive.
Son petit frère Adrien D., 21 ans, apprenti menuisier est poursuivi pour provocation publique à la haine ou à la violence en raison de l’origine, de l’ethnie, de la nation, de la race ou de la religion.
Plusieurs parties civiles sont constituées, dont les victimes présumées Anissa et Kenza, l’Olympique lyonnais, ainsi que les associations Sportitude et SOS Racisme. La CPAM du Rhône et la LICRA Rhône-Alpes se sont également désignées comme victimes.
Les prévenus continuent de nier malgré les images
Les vidéos diffusées à l’audience laissent peu de place aux doutes. Les deux frères persistent néanmoins à contester les faits. Déjà condamné en 2022 pour des violences conjugales n’ayant pas entraîné plus de huit jours d’ITT, Thibault D. venait tout juste d’achever un sursis probatoire d'un an au moment des faits. "Vous veniez juste de finir votre sursis probatoire", lui rappelle le président.
S’il reconnaît logiquement sa présence sur les lieux, le prévenu nie les violences, les saluts nazis et toute intention raciste : "Pas de salut nazi. Je ne voulais simplement pas mettre mon bras dans la tête d’un autre", assure-t-il.
Son frère Adrien D., également présent, conteste de son côté avoir mimé des coups de coude ou le retrait du voile, malgré les gestes visibles sur la vidéo quelques instants avant l’agression. Toutefois, sur les images, Adrien D. apparaît bien mimant des coups de coude quelques instants avant l’agression, une chronologie sur laquelle Me Al Douri s’est appuyé pour soutenir l’existence d’une préméditation.
À l’audience, Me Al Douri, avocat des victimes, interpelle le prévenu : "Vous n’avez jamais touché quelqu’un, même sans faire exprès ?" "Sans doute que je l’ai touchée sans faire exprès, mais je ne comprends pas pourquoi je me retrouve ici aujourd'hui", répond Thibault D.
Le prévenu a aussi tenté d’expliquer sa présence aux côtés des jeunes femmes par un mouvement de foule, affirmant qu’il se trouvait initialement plus en arrière, un argument balayé par me Al Douri au regard des images, qui montrent selon lui qu’il n’a pas été poussé et qu’il s’est déplacé volontairement à proximité des deux victimes.
Thibault D. explique simplement s'être laissé emporté par la liesse collective sans faire attention à qui était à côté de lui. Le président a toutefois relevé que les images montrent Thibault D. jeter un regard en direction de la victime juste après les premiers coups avant d'en porter de nouveau.
L’avocat insiste sur la portée symbolique du dossier : "Le foot, ça rassemble. On doit pouvoir venir dans un stade et se sentir en sécurité."
Sur le volet pénal, le procureur a requis 10 mois de prison avec sursis probatoire à l’encontre de Thibault D., en soutenant les circonstances aggravantes liées au sexisme et au racisme. Aucune réquisition n’a été formulée contre Adrien D., les poursuites engagées à son encontre relevant de l’initiative des parties civiles. Le tribunal devra toutefois statuer aussi sur son cas.
La décision a été mise en délibéré au 17 mars.
A.A.