Cette saison, ils sont une vingtaine à ne pas poursuivre l’aventure au sein du centre de formation de l’OL. Agés de 13 à 21 ans, ces jeunes footballeurs ne sont pas parvenus à convaincre. Une situation qu’a connue récemment Baptiste Monveneur. Après six années passées à l’Academy, le joueur est brutalement écarté à l’été 2024 : "Un monde s’effondre", écrit-il dans un livre intitulé A l'aube du jeu et des mots et consacré à cette expérience. "Il faut comprendre qu’on commence le foot à 4 ans, qu'on rentre à l’OL à 12 ans, qu’on quitte sa famille et ses amis, on fait une croix sur une jeunesse traditionnelle, ne pas aller au lycée, ne pas vivre cette légèreté. Le tout pour se retrouver finalement au centre de formation, à se dédier exclusivement à cela, à faire des entraînements colossaux. Quand je dis qu’un monde s'effondre, c'est une discipline qui s'effondre, c'est une philosophie de vie qui s'effondre, et tout ce qui s'y accompagne", nous confie celui qui est désormais étudiant en droit à la Sorbonne.
Car les jeunes joueurs font face à une rude concurrence et à une pression parfois difficile à gérer : "On se rend compte qu'on n'est pas seul à rêver. Le jour où je rentre à l'Olympique lyonnais, j'ai 12 ans, et j’entre dans une nouvelle étape. Le rêve devient de plus en plus concret, même si on est bien loin du monde professionnel. On se rend compte qu’il y a des joueurs d'un excellent niveau et qu’il ne suffit pas de prendre du plaisir, mais véritablement de se surpasser et être capable de faire sa place dans un milieu qui, parfois, peut être hostile", poursuit Baptiste Monveneur.
A 19 ans, et avec le recul désormais nécessaire, l’ancien membre de l’Academy, qui a côtoyé notamment un certain Khalis Merah, est conscient que "toutes les planètes doivent être alignées" pour accéder au monde professionnel : "En fait, on se rend compte que la qualité technique n'est pas suffisante. Il faut aussi être excellent mentalement. En plus de ça, il faut avoir la capacité de rencontrer les bonnes personnes au bon moment, avoir un bon coach, faire face à une situation sportive d'un club qui permet l'émergence de jeunes. Je pense que c'est vraiment un milieu à l'intérieur duquel le facteur chance est relativement important, avec un vrai concours de circonstances. Il faut y être préparé".
Préparé à être capable de montrer son talent au grand jour, pour les footballeurs amenés à passer le cap. Ou être capable de rebondir, pour ceux qui ne sont pas conservés. "Quand on est évincé d’un centre de formation, on vit un deuil", analyse Terence Pellicer. "On passe par les quatre étapes importantes : le choc, la remise en question, la remobilisation et l’engagement", poursuit ce préparateur mental reconnu dans le monde du football.
Une fois ces étapes passées, "il y a ceux qui acceptent et qui arrivent à s’en sortir" : "Dans ce cas-là, on arrive à les faire rebondir et on les dirige vers autre chose. Parfois ils acceptent de redescendre de niveau, de passer d’un centre de formation à un niveau R1 dans un autre club, mais avec peut-être en perspective d’aller ensuite vers un championnat de National. Plus vite ils acceptent, plus vite on arrive à les faire rebondir. Et puis il y en a qui n'acceptent pas du tout et là, ça peut les mettre dans une dépression, malheureusement, très importante, avec beaucoup de honte aussi parfois", décrit le spécialiste, se souvenant d’un jeune qui a acheté la tenue de son club formateur pour faire croire qu'il avait bel et bien été conservé en professionnel.
Le coach mental, qui suit de nombreux joueurs et joueuses en centre de formation, regrette un manque d’accompagnement psychologique : "Les clubs nous font croire que oui, mais c’est faux. Souvent, pour garder un joueur mobilisé toute la saison, on va lui faire croire que l’aventure peut continuer en fonction de ses prestations jusqu’à la dernière minute, alors qu’en réalité, on sait parfaitement qu’il va être éjecté".
Baptiste Monveneur, lui, poursuit sa route : "Est-ce que j’ai digéré tout ça ? Je pense que c'est quelque chose qui varie de jour en jour. Il y a des jours où je suis totalement en paix avec ça, notamment avec le livre aujourd'hui qui est aussi une ouverture particulière. Il y a des jours où je me dis que j'ai donné et je me dis "peut-être que j'aurais pu encore". Il y aura une part d'inachevé qui demeurera quoiqu'il arrive parce qu'on s'est accroché à ça, parce qu'on a tout donné pour. Mais ça n'enlève en rien le fait qu'aujourd'hui, j'ai fait des choix que j'assume et des choix qui font qu'à la fin, je suis un jeune plutôt épanoui avec pas mal de projets".
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A l'aube du jeu et des mots - Une jeunesse au cœur du centre de formation de l'Olympique Lyonnais
Editions : Les Passionnés de Bouquins
Prix : 20 euros