Il est 4h du matin. Le réveil est difficile, l’ambiance est calme mais il suffit d’une action lyonnaise dans la surface adverse pour réveiller les Singagones. "C’est un véritable défi, mais la passion n’a pas de limites et prend vite le dessus ! Avec 7 heures de décalage, les matchs de 15h en France sont les plus simples à suivre pour nous. Pour les autres matchs, ceux de 21h, c’est souvent à 4h du matin. On se réunit chez les uns ou les autres puisqu’à cette heure-là, les bars sont fermés", nous explique Boris, membre de ce groupe de supporters lyonnais créé en 2021 et basé à Singapour. A cette heure-là, seuls les plus courageux sont au rendez-vous en direct. "Pour les autres, c’est replay au petit-déjeuner pour ne rien manquer de l’action", nuance l’expatrié.
Le décalage horaire, c’est évidemment la principale difficulté à surmonter quand on vit à des milliers de kilomètres. "Les matchs d’Europa League qui sont programmés le jeudi en fin d’après-midi, on les regarde au bureau sur notre téléphone", s’amuse Justin, qui a repris la gestion des Gones de New York en 2021. "Quand les matchs sont à 7h du matin, on essaye de motiver tout le monde en leur disant "Que vous soyez au café ou à la bière, venez supporter l’équipe", poursuit le Français installé aux Etats-Unis depuis une dizaine d’années. A New York, le sous-sol du bar Legends, situé au pied de l’Empire State Building, leur est attribué les jours de match. "Si on joue le Havre à 7h du matin, ça n’attire pas les foules. Mais on peut être bien plus nombreux pendant les vacances scolaires, des supporters lyonnais ou des Bad Gones de passage nous rejoignent pour ne pas rater les matchs".

"On était une vingtaine de supporters pour OL-Brest" se souvient pour sa part Joël, ce Lyonnais expatrié au Canada depuis 20 ans. A Montréal, les matchs sont régulièrement diffusés à la Maison France-Montréal. "Ce n’est pas évident à organiser. On choisit les plus grosses affiches car on ne peut pas rassembler nos supporters trop tôt le matin", explique celui qui vient de fêter les 10 ans des Gones de Montréal. "On ne veut pas juste rassembler pour voir les matchs. On veut une vraie atmosphère, on récompense les plus assidus avec des goodies que nous offre l’OL", assure Joël, toujours touché quand un expatrié dit se sentir "comme à la maison même à 6000 km".
Pour ces supporters du bout du monde, l’OL est un peu comme une deuxième famille. "Chaque nouveau venu apporte sa propre histoire et son enthousiasme", commente Boris, des Singagones. "Pour les gens qui arrivent à Londres, c’est un petit paradis pour des rencontres", abonde Jonathan-Pierre, membre actif des Lyondoners. "Les Bad Gones savent qu’on existe, et quand un des leurs part en Angleterre, ils les dirigent vers nous. On a des membres de 7 à 77 ans et on est très accueillant. Cela va bien au-delà du foot, il y a de vraies amitiés qui se sont créées", poursuit ce Lyonnais d’origine, dont le groupe organise souvent des déplacements en Angleterre, en France voire en Europe pour suivre l’équipe. Les Lyondoners font également partie d’une ligue de supporters qui s’affrontent lors de matchs de football. "On joue contre Naples, la Juventus… Chacun représente son équipe", raconte Jonathan-Pierre.

Surtout, l’ambiance les jours de match se veut toujours bon enfant. "Notre QG est en plein centre de Londres, dans un pub qui s’appelle Three Lanterns. Pour les matchs du dimanche midi, on est en général une dizaine, mais on a parfois été plus de 100, voire 150 pour un derby ou pour un OL-PSG", se remémore le Lyondoners. "Et on compte beaucoup d’optimistes. Même si on perd 1-0, il y a toujours quelqu’un pour nous dire qu’on peut encore gagner", sourit Jonathan-Pierre.
"Notre bar à New York est aussi le QG des supporters de Chelsea ou encore du PSG. On regarde les matchs contre Paris ensemble. Ils emmènent leurs tambours, ils chantent… et quand on leur met un but, après ils se calment", continue Justin. "Ils ont plus de supporters que nous. Quand ils sont 30 ou 40, qu’on est 10 mais qu’à la fin on n’entend que nous, c’est génial. On attend aussi le retour du derby avec impatience pour leur faire des misères. Après, ce qui est bien à New-York, c’est qu’il n’y a aucun supporter des Verts", tacle le responsable des Gones de NYC. Et ce dernier de souligner : "Il n’y a jamais d’animosité. On est entre expatriés. Même si on n’est pas là pour le même club, on reste des fans de foot français dans un pays étranger".
Et forcément, des souvenirs de matchs suivis loin de Lyon, il y en a à la pelle. "Le 5-0 contre Saint-Etienne, c’était incroyable avec le but de Fekir à la fin. Le 5-4 contre Montpellier, le but de Memphis contre Paris", énumère le New-Yorkais. Du côté de Montréal, ce sont les derbys qui ont le plus marqué : "On a eu droit à de beaux matchs, on était parfois jusqu’à une soixante de supporters". Même discours à Londres avec Jonathan-Pierre qui se souvient "d’une centaine de Lyonnais en train d’exulter un dimanche soir sur un but de Dembélé".
Cette ambiance a souvent séduit les locaux, que ce soit outre-Atlantique ou en Asie. "Une partie des Américains ne s’intéresse pas du tout au foot. Mais avec la Coupe du monde qui arrive, on sent qu’il y en a de plus en plus qui regardent un peu. Ils suivent une équipe de Premier League, on se retrouve au bar. Ils voient notre ferveur et donc ils jettent un coup d’œil à nos matchs et découvrent l’OL", note Justin. Et les épopées lyonnaises en coupe d’Europe n’ont pas échappé aux suiveurs américains, selon l’expatrié : "Tous ceux qui suivent un peu le championnat anglais et la Champions League ont des bons souvenirs de l’OL. En tout cas, l’opinion publique américaine est plutôt bonne pour ceux qui suivent un peu le foot et qui connaissent Lyon".
Les Singagones, eux, se sont donné pour mission de faire la promotion de l’OL à Singapour : "Les Singapouriens aiment le football mais leur cœur penche principalement pour la Premier League anglaise, qui est très populaire ici. Nous faisons de notre mieux pour faire connaitre et aimer l’Olympique Lyonnais. C’est une belle mission de représenter l’OL dans cette région du monde".
Pourtant, depuis le changement d’ère à l’OL et les évolutions du club liées à John Textor, les liens se sont quelques peu distendus. Le réseau Gones World, qui répertoriait tous les groupes de supporters, a été mis en pause mais le club dit "continuer de maintenir des relations entre les groupes du monde entier dans une relation plus amicale". "Par le passé, on avait reçu des maillots pour notre équipe de futsal. Les contacts sont un peu moins fréquents ces derniers temps", reconnait Boris, des Singagones. "On sait qu’il y a eu des coupes budgétaires de leur côté, on n’a pas retissé de liens depuis l’arrivée de Michele Kang mais on va essayer de reprendre contact avec eux pour essayer d’organiser des choses", explique Justin, qui rêve que l’OL fasse une tournée américaine. Les Gones de Montréal voient même plus grand : "On grossit énormément, on envisage de créer une association et créer un groupe à Lyon pour avoir un parcage au Groupama Stadium", confie Joël.
Car c’est bien vers l’enceinte décinoise que tous les regards sont tournés, comme l’affirme Boris. "Lorsque nos membres ont l’occasion de se rendre en France, ils ne manquent pas de faire un détour par le Groupama Stadium pour encourager l’équipe. Ce sont toujours des moments forts en émotions, un véritable pèlerinage pour les supporters expatriés".
F.L.